L’ésotérisme ne se réduit ni à un ensemble de secrets ni à une accumulation de connaissances cachées. Il invite à un déplacement du regard, à une autre manière de penser, de ressentir et d’habiter le monde.
Le texte qui suit propose une réflexion sur cette démarche initiatique, sur la tradition qui transmet, sur la pensée qui se retourne et sur cette construction intérieure qui, silencieusement, conduit chacun vers les cimes de son être.
La démarche ésotérique, c’est un enseignement, égrenant en un long cheminement initiatique un chapelet de secrets considérés comme immémoriaux. La tradition est fondamentale sur deux axes, à la fois dans le sens d’une passation du message et dans celui du plus profond souci de garder intact le savoir venu du fond des âges. Le relais de la mémoire. Ce qui est transmis est une connaissance non intellectuelle, non rationnelle, souvent transcendante. Elle veille à éveiller l’intuition, ouvrant à la perception de ce qui est scellé derrière les rituels et les thèses des Écoles de la pensée humaine.
L’ésotérisme est un moyen de percer les gangues et d’accéder aux semences fondamentales, inaltérables et universelles. Il y a une unité dans la démarche humaine comme dans l’organisation de toute chose, une unité inhérente à ce qu’il y a de plus profond dans leur nature, déclare René Guénon. Il existe un principe commun.
L’ésotérisme se présente comme la pensée de l’inverse et l’inverse de la pensée. Pierre A. Riffard s’en explique.
La pensée de l’inverse.
Le plus mystérieux est le plus manifeste (le divin, inaccessible, se montre dans le soleil, banal à force de présence), et le plus manifeste est le plus mystérieux (le grain de beauté bien visible révèle une tendance ou une maladie bien cachée).
L’ésotérisme en général, s’efforce de redresser la vue. Il remonte le courant. Il va à l’origine et ce mouvement est l’actualisation de l’origine, mise en œuvre du fondement. Goethe parle de mystère manifesté.
L’ésotérisme est une pensée inversée, le retournement de la vue profane en vision sacrée.
C’est-à-dire alors desactualisation, retour à la lumière originelle.
L’inverse de la pensée.
L’ésotérisme se veut un arrêt de la pensée.
L’ésotériste ne raisonne pas, il médite. L’ésotérisme est un mode de pensée qui est aussi un mode de vie. À ce titre, ce n’est pas tout à fait une pensée ni même une action. Il est à l’état. Le monde n’est pas expliqué, il se comprend.
Les pensées de l’ésotériste ne sont plus des réflexions, elles ne sont plus liées par la logique ou la raison.
Jacques Rifflet, pour sa part, en fait un développement heureux que je vais par diverses touches très personnelles soumettre à votre sagacité.
Certains êtres créent comme le chat ronronne. Ils sont habitués à leur création comme les chats à leur ronron. Ils dévident sans effort apparent. Ils sont sur leur charrue et hue, en avant tout moteur rugissant et pourtant quel silence, quel silence dans le champ de leur création qu’ils éventrent, labourent dans lequel ils sèment sur lequel ils bâtiront des empires…
Sur ma machine, j’avance dans le champ du quotidien et voilà les ratés qui commencent. Les lames de ma machine volent en éclats, s’émiettent dans le ventre de mes champs, dans le ventre de l’ennui. Le ronron s’arrête, vide, j’œuvre dans le vide comme un para sous lequel nul sol ne se présenterait. Ce vide est la vie qui s’écoule lorsque je ne peux pas créer parce qu’il y a trop de pierres. Ma construction doit se faire comme une aile d’oiseau. Elle doit glisser, planer, être manœuvrable sans fléchir, afin d’accéder aux cimes de mon être.
Si vieillir c’est souvent tout ramener au banal, vieillir en FM c’est prendre une carrure. Une carrure intérieure, invisible mais combien efficace, qui ne peut se palper, qui ne doit pas se voir mais qui doit de par son rayonnement toucher l’autre, les autres.
Conclusion
La démarche évoquée dans ce texte semble ainsi moins être une recherche de réponses qu’un apprentissage du regard. Percer les gangues, remonter le courant, inverser la pensée, arrêter le raisonnement pour laisser place à la méditation : autant de mouvements qui conduisent progressivement de la vision profane à une autre perception du monde.
La construction intérieure, elle aussi, demeure invisible. Elle ne cherche pas nécessairement à se montrer. Pourtant, elle rayonne et, par ce rayonnement, touche l’autre.
Peut-être est-ce là l’un des paradoxes les plus féconds de la démarche initiatique : chercher au plus profond de soi ce qui, finalement, permet de rejoindre les autres.
J.D.J
Past-VMEC
Loge Liberté n°21



