La pierre brute est un symbole très prisé par nos jeunes Apprentis et je me suis demandé pourquoi cet attrait particulier pour ce symbole. En dix années de pratique maçonnique, il m’a été donné de constater qu’elle revient sans cesse dans les réflexions, planches et interrogations de nos jeunes Frères. Pourquoi un tel attrait pour cette pierre encore informe, imparfaite, à peine dégrossie ?
Pour tenter d’y répondre, je pense que l’origine de cet intérêt prend source dans la fameuse phrase issue de la tradition alchimique : V.I.T.R.I.O.L qui signifie : Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem, c’est-à-dire en français : « Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ».
Cette locution latine nous invite sans ménagement à plonger au cœur de la terre, à descendre en soi-même pour y découvrir une vérité enfouie. C’est en rectifiant ou plutôt en travaillant afin de trouver la pierre cachée qui se trouve en nous-mêmes. Mais parlons-nous ici de la Pierre brute dans sa forme symbolique ? On pourrait partir sur ce principe, mais je préfère voir les choses différemment.
En F-M tout est symbole, je pense qu’il est important de le rappeler à ce point précis de cette petite analyse. Avant d’être initiés, nous sommes qualifiés de profane. Ce profane n’étant pas passé par le rituel d’initiation ne possède pas (encore) les outils pour rectifier / travailler sa pierre ni les enseignements pour plonger au fond de lui-même. On pourrait dire qu’il lui manque quelque chose. Non pas nécessairement un savoir, mais peut-être une structure, une méthode, un cadre. Une forme de vacuité, ou d’indétermination, qui le laisse face à lui-même sans véritable prise. Or, la nature – dit-on – n’aime pas le vide. Peut-être est-ce la nature intrinsèque de la personne qui la pousse à entrer en FM afin de combler ce vide. Qui sait ?
Puis vient l’initiation. Et avec elle, quelque chose change. Le vide n’est pas simplement comblé : il est transformé. Il devient matière. C’est ici que je souhaiterais proposer une lecture légèrement différente. Et si la pierre brute n’était pas ce que nous étions avant d’entrer en loge… mais ce que nous devenons après y être entrés ?
L’initiation ne révèle pas seulement une pierre cachée : elle donne naissance à une matière nouvelle. Une matière symbolique, façonnée par le rituel, nourrie par l’enseignement, rendue vivante par l’expérience. Cette matière, c’est la pierre brute. Elle n’est pas l’état initial de l’homme, mais le point de départ de son travail conscient.
Dès lors, les outils prennent tout leur sens. L’équerre permet de rectifier, le maillet de frapper, le ciseau de tailler mais surtout, ils donnent une méthode. Une direction. Une intention.
Symboliquement le jeune initié est plein d’entrain, il vient de découvrir ce nouveau monde. Il peut ainsi commencer à œuvrer et peut donc mettre à profit cette énergie en maniant le maillet et le ciseau afin de pouvoir, enfin, s’attaquer à cette matière avec ses 3 outils.
La formule V.I.T.R.I.O.L ne désigne donc pas la pierre brute elle-même, mais ce vers quoi elle tend. La pierre brute se matérialise quand ce vide est enfin comblé à la suite de l’initiation, elle est cette nouvelle matière acquise par le récipiendaire. La pierre cachée n’est pas donnée d’emblée. Elle se découvre progressivement, à travers le travail, l’effort, la rectification.
Mais alors qu’est-ce que c’est que cette pierre cachée que V.I.T.R.I.O.L nous invite à trouver ? Selon ma vision ce n’est pas la pierre brute mais ce qui adviendra plus tard, une conséquence, un résultat ou encore un lendemain.
En conclusion, je vais répondre à la question posée au 1er paragraphe : « Pourquoi un tel attrait pour cette pierre encore informe, imparfaite, à peine dégrossie ? » Je pense que c’est une thématique qui peut résumer et synthétiser 3 questions dont la dernière fait office de synthèse :
- À quoi sert un processus initiatique ? À acquérir certaines clefs pour œuvrer sur nous-mêmes.
- Pourquoi suis-je venu en Loge ? Car il y avait un vide ou plutôt une forme de vide qu’il fallait combler.
- Comment travailler sur soi-même ? En remplissant ce vide avec le vécu initiatique qui nous fournit lesdites clefs.
Et si elle attire autant, c’est sans doute parce qu’elle nous place immédiatement face à l’essentiel : non pas ce que nous sommes, mais ce que nous choisissons de devenir.
M.J.R
VMEC
Loge Liberté n°21



